Développement durable en Afrique 2026
Le 2026 Africa Sustainable Development Report (ASDR) publié par l’UNECA est un rapport consacré à l’état d’avancement du développement durable en Afrique. Il analyse les progrès réalisés par les pays africains dans la mise en œuvre de l’Agenda 2030 des Nations Unies et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, deux cadres stratégiques majeurs pour le développement économique, social et environnemental du continent.
Le rapport se concentre particulièrement sur cinq Objectifs de Développement Durable (ODD) considérés comme essentiels à la transformation structurelle de l’Afrique :
L’eau et l’assainissement
L’énergie propre
L’industrie et les infrastructures
Les villes durables
Les partenariats et le financement du développement
L’Afrique enregistre des progrès réels dans plusieurs domaines, mais le rythme actuel reste insuffisant pour atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2030. Les contraintes structurelles, les inégalités territoriales, les difficultés de financement et les effets du changement climatique continuent de ralentir les avancées.
Eau et assainissement : des progrès visibles, mais encore insuffisants
Depuis 2015, l’Afrique a amélioré l’accès à l’eau potable et aux services d’assainissement, mais les progrès restent limités par rapport aux objectifs de développement durable.
En 2023 :
Environ 81 % de la population africaine avait accès à un service de base d’eau potable
Seulement 36 % bénéficiaient d’un accès à une eau gérée de manière sûre, contre plus de 70 % au niveau mondial.
Les écarts régionaux restent très importants. L’Afrique du Nord dépasse 70 % de couverture en eau potable sécurisée, tandis que certaines régions d’Afrique de l’Est et centrale restent sous les 20 %.
L’assainissement constitue également un défi majeur :
Seulement 30 % de la population avait accès à des services d’assainissement gérés de manière sûre en 2023
Environ 650 millions de personnes n’ont pas accès à des services d’assainissement de base
Couverture en eau potable sécurisée en % - ECA Stats 2026
Les principaux défis qui freinent la gestion durable de l’eau en Afrique :
Qualité de l’eau : la qualité de l’eau reste un défi dans plusieurs pays à cause de la pollution et du manque de contrôle.
Traitement des eaux usées : une grande partie des eaux usées n’est pas encore traitée de manière sûre.
Efficacité de l’utilisation de l’eau : l’utilisation de l’eau reste peu efficace par rapport aux standards mondiaux.
Financement des infrastructures hydriques : les investissements dans l’eau et l’assainissement sont insuffisants et en baisse
Energie : un déficit d’accès toujours massif
L’Afrique reste la région du monde où l’accès à l’électricité est le plus faible. Le rapport indique que l’accès à l’électricité est passé de 46 % en 2015 à environ 53 % en 2023. Malgré cette progression, près de 600 millions de personnes restent sans électricité.
Les inégalités entre zones urbaines et rurales restent particulièrement fortes : les taux d’électrification urbaine dépassent souvent 80 %. Dans plusieurs pays, l’accès en milieu rural reste inférieur à 40 %.
La situation est également critique concernant la cuisson propre :
Seulement 34 % de la population avait accès à des combustibles et technologies de cuisson propres en 2023
Plus de 970 millions de personnes utilisent encore des combustibles polluants comme le bois ou le charbon
Le rapport rappelle que cette pollution domestique contribue à environ 400 000 décès prématurés par an, touchant particulièrement les femmes et les enfants.
Malgré le fort potentiel africain en énergies renouvelables, les investissements restent insuffisants pour répondre à la demande croissante en énergie.
Industrie, infrastructures et innovation : une transformation encore limitée
Les progrès liés à l’industrialisation et aux infrastructures sont inégaux. Par exemple, l’un des principaux points positifs concerne la connectivité numérique :
Environ 92,8 % de la population africaine était couverte par au moins un réseau 2G en 2023.
Cette progression favorise le développement des services numériques et de nouvelles opportunités économiques. Cependant, plusieurs difficultés persistent :
infrastructures de transport insuffisantes
accès limité à l’énergie
coûts logistiques élevés
faible accès au financement pour les petites industries
L’industrie manufacturière représente moins de 11 % du PIB africain, contre plus de 16 % au niveau mondial, ce qui montre une diversification industrielle encore limitée.
Un autre point important, c’est le faible niveau d’investissement dans la recherche et le développement : dans la majorité des pays africains, les dépenses en R&D restent inférieures à 1 % du PIB.
Dépenses en R&D en % du PIB (2015–2023)
Villes durables : une urbanisation plus rapide que les infrastructures
L’Afrique connaît l’urbanisation la plus rapide au monde :
environ 45 % de la population vit aujourd’hui dans des zones urbaines
cette part pourrait atteindre près de 60 % d’ici 2050
Cette croissance urbaine crée des opportunités économiques, mais exerce également une forte pression sur :
le logement
les transports
les services publics
l’environnement
En 2022, environ 49,1 % des habitants des villes vivaient dans des quartiers informels ou précaires, souvent sans accès suffisant aux services de base. Dans plusieurs villes africaines, la pollution de l’air dépasse les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé. Par ailleurs, les risques climatiques augmentent, avec des inondations, des vagues de chaleur et une forte vulnérabilité des quartiers informels, ce qui met en évidence la nécessité d’une planification urbaine intégrée et d’infrastructures plus résilientes face au changement climatique.
Chapter 5 : SDG 11 Sustainable cities and communities – Accès au transport public
Partenariats et financement : le principal défi reste les ressources
Le financement constitue l’un des principaux freins à la réalisation des ODD en Afrique. Plusieurs difficultés sont mises en avant :
faibles recettes fiscales
hausse de la dette publique
baisse de certains financements internationaux
accès limité aux technologies avancées
Le ratio moyen recettes fiscales/PIB en Afrique est d’environ 16 %, contre plus de 34 % dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques. Plus de 20 pays africains sont considérés comme étant en situation de risque élevé de surendettement ou déjà en difficulté.
Par ailleurs :
l’Afrique représente moins de 3 % du commerce mondial
les flux d’investissements directs étrangers ont diminué ces dernières années
Même si les capacités statistiques se sont améliorées dans plusieurs pays, les besoins de financement restent très importants pour atteindre les objectifs de développement durable.
Les priorités stratégiques pour combler le retard des ODD en Afrique
Les actions nécessaires pour accélérer le développement durable en Afrique reposent sur une approche plus ambitieuse, coordonnée et intégrée :
Politiques intégrées : les politiques nationales doivent être mieux alignées avec les cadres continentaux et internationaux pour éviter les approches fragmentées qui freinent l’atteinte des objectifs de 2030.
Capacités de mise en œuvre : il faut renforcer les compétences techniques, les institutions, les systèmes de suivi et d’évaluation, ainsi que la gestion des projets et des données.
Financement interne : réduire le déficit de financement passe par une meilleure mobilisation des ressources internes, des réformes fiscales, la lutte contre les flux financiers illicites et une gestion plus efficace des dépenses publiques.
Financement international : améliorer l’accès aux financements concessionnels, climatiques et de long terme, tout en réformant le système financier international pour mieux répondre aux besoins de l’Afrique.
Coopération régionale : renforcer l’intégration régionale, les infrastructures transfrontalières, les chaînes de valeur régionales et la coopération Sud-Sud.
Données et gouvernance : disposer de données fiables et renforcer une gouvernance inclusive impliquant les femmes, les jeunes et les communautés vulnérables pour améliorer l’efficacité des politiques.
Alors que l’Afrique entre dans la dernière ligne droite de l’Agenda 2030 des Nations Unies, qui fixe 17 Objectifs de Développement Durable à atteindre d’ici 2030. Et poursuit la mise en œuvre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, véritable feuille de route stratégique pour le développement du continent à long terme, elle évolue dans un contexte mondial marqué par des tensions économiques, climatiques et géopolitiques croissantes.
Malgré des avancées notables dans plusieurs domaines du développement durable, les défis structurels, les inégalités persistantes et les contraintes de financement continuent de freiner la dynamique de transformation.
L’enjeu dépasse la simple gestion des crises. Il s’agit désormais de savoir comment chaque pays peut déployer des actions coordonnées, durables et transformatrices, capables de soutenir une trajectoire de développement solide et inclusive pour le continent sur le long terme.