Diagnostic National sur les Emplois de l’économie verte au Maroc
Le Maroc se dirige progressivement vers une économie plus durable, portée par la transition verte et les enjeux climatiques.
Selon le Rapport Diagnostic National sur les Emplois de l’économie verte, environ 26,1% des emplois en 2023 étaient liés, directement ou indirectement, à l’économie verte.
Cette transition ne repose pas uniquement sur la création de nouveaux métiers, mais surtout sur l’évolution des emplois existants et l’intégration progressive de compétences environnementales.
Ce rapport a été élaboré par l’Organisation internationale du Travail, avec l’appui technique et institutionnel du Haut-Commissariat au Plan (HCP). C’est une analyse qui vise à comprendre les liens entre la transition vers une économie verte et le marché de l’emploi au Maroc.
Découvrez dans cet article quels sont les risques, les opportunités et les transformations liées à cette transition, notamment en matière d’emplois, de compétences et de secteurs économiques concernés ?
Un contexte marqué par un double défi
Le Maroc est confronté à un double impératif.
Effets du changement climatique :
Sécheresses récurrentes, baisse des précipitations, élévation du niveau de la mer et multiplication des vagues de chaleur… autant d’effets qui sont devenues visibles. Ces phénomènes affectent directement les écosystèmes, l’agriculture, les infrastructures et la santé des populations.
Fragilité du marché du travail
Le marché du travail présente des fragilités structurelles importantes : chômage élevé chez les jeunes, faible participation des femmes, poids important de l’informalité et inadéquation entre les compétences disponibles et les besoins du tissu productif.
Dans ce contexte, la transition vers une économie verte apparaît à la fois comme une nécessité et comme une opportunité de transformation économique et sociale.
Quelle part des emplois concernés par la transition verte ?
Le rapport montre que la part des emplois liés à l’économie verte au Maroc varie fortement selon les méthodologies utilisées.
Lorsqu’on considère uniquement les métiers explicitement environnementaux, la part est estimée à environ 0,5% des emplois.
Lorsqu’on inclut les professions existantes susceptibles d’intégrer des compétences vertes ou d’évoluer vers des pratiques plus durables, cette part peut atteindre environ 26% des emplois.
Ainsi, la réalité se situe dans une fourchette intermédiaire, estimée entre un emploi sur six et un emploi sur quatre potentiellement concerné par la transition verte.
Le rapport insiste sur un point central : la transition verte au Maroc ne reposera pas principalement sur l’apparition de nouveaux métiers spécialisés, mais sur la transformation progressive et le “verdissement” des professions existantes.
Les secteurs économiques les plus concernés
Plusieurs secteurs clés sont fortement exposés à cette transformation :
Agriculture et agro-industrie : ce secteur, qui emploie une part importante de la population active, est particulièrement vulnérable au stress hydrique. Cependant, il offre des opportunités importantes liées à l’amélioration des systèmes d’irrigation, à la gestion durable des ressources, à la valorisation des sous-produits agricoles et à la diversification des productions.
Construction : ce secteur devra s’adapter aux nouvelles normes de performance énergétique et de résilience climatique. Cela ouvre la voie au développement de bâtiments plus durables, à l’utilisation de matériaux plus efficaces et à l’évolution des pratiques de construction.
Énergie et eau : il s’agit d’un secteur stratégique, marqué par la montée en puissance des énergies renouvelables comme le solaire, l’éolien et l’hydrogène vert. La gestion durable de l’eau constitue également un enjeu central dans un contexte de raréfaction des ressources hydriques.
Services : un secteur, qui représente plus de la moitié du PIB, est également concerné. Le tourisme doit évoluer vers des modèles plus durables, tandis que les services techniques, logistiques et numériques peuvent constituer de nouvelles niches liées à l’économie verte.
L’importance des compétences vertes
La transition verte repose fortement sur l’évolution des compétences. Entre 10% et 13% des emplois nécessiteront l’acquisition de compétences spécifiques liées à l’environnement. Cela inclut notamment :
Les techniques de construction durable
L’efficacité énergétique
La gestion et le recyclage des déchets
La maintenance des équipements liés aux énergies renouvelables
L’utilisation d’outils numériques pour le suivi environnemental
Cette évolution implique une adaptation des systèmes de formation professionnelle et d’enseignement technique, afin de répondre aux nouveaux besoins du marché du travail. Elle souligne également l’importance d’assurer l’inclusion des jeunes, des femmes et des travailleurs les plus vulnérables dans cette transition.
Construire l’emploi vert : les priorités identifiées
Pour accompagner efficacement la transition verte, plusieurs leviers clés à activer :
Renforcer la formation professionnelle
Afin d’adapter les compétences aux nouveaux besoins du marché, il est nécessaire de renforcer la formation professionnelle et la reconversion, notamment à travers l’Enseignement et la Formation Techniques et Professionnels (EFTP).
L’enjeu est d’intégrer davantage les compétences vertes dans les programmes afin de préparer la main-d’œuvre aux évolutions du marché.
Accélérer l’investissement dans les secteurs stratégiques
Intensifier les investissements dans la recherche, l’innovation et le développement des filières liées aux énergies renouvelables.
Cela doit s’accompagner d’une adaptation des infrastructures aux normes climatiques.
Garantir une transition juste
La notion de “transition juste” repose sur la combinaison de la création d’emplois, de l’amélioration de la qualité du travail et de la réduction des inégalités. Une attention particulière est accordée aux jeunes et aux femmes afin de garantir une inclusion plus large dans cette transformation.
Renforcer la gouvernance et le pilotage de la transition
Améliorer la coordination entre les pouvoirs publics, les entreprises, les organismes de formation et les institutions de suivi des données afin de mieux piloter la transition et assurer une mise en œuvre cohérente des politiques publiques.
Le Maroc dispose d’un potentiel réel pour transformer son économie et son marché du travail vers plus de durabilité.
Cependant, cette transition sera progressive et dépendra principalement de la capacité à faire évoluer les emplois existants, à développer les compétences vertes et à assurer une inclusion sociale effective.