État des finances pour la nature 2026 : La nature dans le rouge

 
Nature in red
 

Le rapport State of Finance for Nature 2026 : Nature in the red – Powering the trillion dollar nature transition economy, publié par l'UNEP et l'ELD Initiative, est structuré autour de 5 parties principales analysant les flux financiers pour la nature.

Il met en lumière un écart massif : pour chaque dollar investi dans la protection de la nature, 30 dollars sont dépensés pour sa destruction. L’UNEP préconise un changement de politique majeur afin de développer des solutions qui préservent le monde naturel tout en soutenant l'économie.

Ce Policy Paper publié par Policy Center, analyse les enjeux politiques, économiques et opérationnels du Fonds pour pertes et dommages, créé pour soutenir les pays les plus vulnérables face aux impacts climatiques irréversibles. Il clarifie la notion de pertes et dommages, mêlant impacts économiques et non économiques, et met en lumière les principaux défis de financement et de gouvernance.

 

1. Etat actuel des flux financiers et NbS (Nature based Solutions) ou Solutions basées sur la Nature 

La dégradation des écosystèmes et la perte de biodiversité sont accélérées par des flux financiers destructeurs. Les investissements dans des activités nuisibles à la nature ont largement dépassé ceux dédiés aux solutions basées sur la nature (NbS). Voici quelques chiffres clés :

  • En 2023, 7 300 milliards de dollars ont été investis dans des activités néfastes pour la nature.

  • La même année, seuls 220 milliards de dollars ont été consacrés aux solutions fondées sur la nature, et la grande majorité provenait des dépenses publiques.

  • Cependant, la tendance est positive : les dépenses consacrées à la biodiversité et à la protection des paysages ont augmenté de 11 % entre 2022 et 2023, et le financement public international pour les solutions fondées sur la nature en 2023 était supérieur de 22 % à celui de 2022 et de 55 % à celui de 2015.

 

2. Besoins futurs et écarts

Les investissements actuels dans les NbS sont largement insuffisants par rapport aux besoins, et aux subventions néfastes qui sont des soutiens financiers publics (de l’État ou d’une institution) accordé à des activités ou secteurs qui causent des dommages à l’environnement, à la biodiversité ou aux écosystèmes :

  • 220 milliards USD/an en NbS (90% publics, 10% privés), avec focus sur protection biodiversité/paysages (75,9 milliards), agriculture/foresterie durable (41,5 milliards), eau/pollution (31,6 milliards).

  • Les subventions néfastes ont bondi de 55% à 1,7 billions USD, majoritairement privées (fossiles, agriculture intensive).

Les données mettent en évidence plusieurs secteurs où les dégâts sont particulièrement importants : les services publics (eau, électricité...), l'industrie, l'énergie et les matières premières ; ainsi que les secteurs qui bénéficient de subventions néfastes pour l'environnement, notamment les combustibles fossiles, l'agriculture, l'eau, les transports et la construction.

Les solutions basées sur la nature (protection, restauration, gestion durable des terres) nécessitent un financement croissant pour atteindre 571 milliards USD/an en 2030 et 771 milliards USD/an en 2050.

 

3. Besoins d’investissement pour les NbS

 Les NbS sont des solutions basées sur la nature pour protéger et restaurer nos écosystèmes. Elles se concentrent sur trois axes principaux :

 Protection :  protéger les forêts, zones humides, etc.  Le coût est faible par hectare, mais nécessite de grandes surfaces.

Restauration : reforestation, agroforesterie, régénération des sols. Cet axe demande beaucoup de financement car c’est plus coûteux et complexe.

Gestion durable des terres : agriculture et exploitation des terres respectueuses de la nature. Le besoin augmente à mesure que la pression sur les terres agricoles s’accentue.

Investir aussi dans le cadre

Pour que ces investissements fonctionnent réellement, il ne suffit pas de mettre de l’argent. Il faut créer les conditions favorables :

  • Règles et lois : garantir que les projets NbS sont protégés et bien utilisés.

  • Gouvernance : institutions solides pour suivre, gérer et assurer la transparence.

  • Marchés et financements : mécanismes financiers qui rendent les projets rentables.

  • Capacités locales : former les communautés et experts locaux pour gérer les projets durablement.

Impact économique de ce cadre favorable : chaque dollar investi dans les NbS peut générer 7 à 30 fois plus en bénéfices économiques.

 

4. Transition des flux financiers vers la nature

L’argent qui détruit la nature est beaucoup plus important que celui qui la protège. L'étude propose une feuille de route pour éliminer progressivement les subventions et investissements destructeurs dans les systèmes de production, tout en développant les investissements « positifs pour la nature », en s’appuyant sur la Nature Transition X‑Curve.

Nature Transition X‑Curve

C’est un outil pour guider la transformation financière :

  • Phase out / Rouge : réduire progressivement la finance qui détruit la nature.

  • Phase in / Vert : augmenter les investissements pour soutenir la nature et les NbS.

Source : Transition pathways to nature-positive outcomes, State of Finance for Nature 2026.

Conditions de réussite

Pour que les investissements en faveur de la nature soient efficaces et durables, certaines conditions doivent être respectées :

  • Connaissances et données : savoir où et comment investir.

  • Équité et participation : inclure les communautés locales et les peuples autochtones.

  • Vision partagée : aligner tous les acteurs sur des objectifs communs (ex. Rio Conventions).

 

Pour réussir la transition vers une économie nature-positive, il ne suffit pas d’investir directement dans les projets NbS. Il faut également créer un cadre solide comprenant des règles claires, une gouvernance transparente, des mécanismes de marché adaptés et des capacités locales renforcées pour que ces investissements aient un impact durable. Parallèlement, il est essentiel de transformer les flux financiers globaux, en réduisant progressivement la finance qui détruit la nature et en augmentant les investissements pour soutenir les NbS et les solutions durables.

Comme l’a déjà souligné Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE :

« Nous pouvons soit investir dans la destruction de la nature, soit favoriser sa restauration ; il n'y a pas de juste milieu. »


 
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