Accès au financement pour le climat et la biodiversité : des engagements mondiaux à l’action nationale
Publié par l'OCDE et l'Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD), le rapport « Accès aux financements pour le climat et la biodiversité : des engagements mondiaux à l'action nationale » met en lumière un constat majeur : l'accès au financement pour les actions en faveur du climat et de la biodiversité est essentiel pour les pays en développement, en particulier les plus vulnérables.
Ces financements leur permettent d'atteindre les objectifs internationaux en matière de climat et de biodiversité, de renforcer leur résilience face aux impacts du changement climatique et de l'érosion des écosystèmes, tout en soutenant leur développement durable.
Si les financements internationaux dédiés au climat et à la biodiversité progressent, leur accès demeure complexe. Le rapport souligne également qu'il n'existe pas de définition universellement acceptée du financement international du climat et de la biodiversité. En pratique, ces financements s'inscrivent dans des flux plus larges d'aide au développement, ce qui peut réduire la visibilité des besoins spécifiques liés au climat et à la biodiversité.
Ainsi, pour comprendre les défis auxquels sont confrontés les pays en développement, il est nécessaire d'appréhender ces financements dans le cadre plus global des flux financiers internationaux qui leur sont destinés.
Des financements internationaux en hausse
Le financement public du développement provenant des membres du CAD et des institutions multilatérales - Source : (OECD, 2025)
En 2023, les financements internationaux consacrés au climat ont atteint 139,7 milliards USD, tandis que ceux dédiés à la biodiversité se sont élevés à 27,7 milliards USD. Plus largement, le financement public du développement a atteint 371,2 milliards USD, après plus d'une décennie de croissance continue.
Toutefois, les perspectives pour 2024 et les années suivantes laissent entrevoir une baisse des financements, alors même que les besoins des pays en développement continuent d'augmenter.
Un accès encore difficile aux financements
Les pays en développement, notamment les pays les moins avancés (PMA), les petits États insulaires en développement (PEID) et les États en situation de fragilité, restent confrontés à d'importantes contraintes d'accès aux financements.
Cette situation intervient dans un contexte où la double crise du changement climatique et de la perte de biodiversité compromet les progrès en matière de développement, tout en aggravant la pauvreté et les inégalités. Les pays dont les économies dépendent fortement des ressources naturelles et de secteurs sensibles au climat sont particulièrement exposés, alors même qu'ils contribuent relativement peu aux émissions mondiales et à l'érosion de la biodiversité.
Pour répondre à ces défis, des investissements de plusieurs milliards de dollars sont nécessaires afin de développer des infrastructures résilientes, soutenir la conservation de la biodiversité et renforcer les capacités d'adaptation. Pourtant, la majorité des pays en développement ne disposent pas des ressources suffisantes pour financer seuls cette transition.
Toutefois, transformer ces besoins en financements effectifs reste un parcours complexe, et cela s’explique par :
La multiplication des mécanismes de financement
Des procédures d'accréditation et de reporting complexes
Des capacités institutionnelles et techniques parfois limitées
Des retards importants dans le décaissement des fonds
Des fonds dédiés qui restent minoritaires
Dans les discussions internationales sur le financement du climat et de la biodiversité, l'accès aux financements est souvent associé aux Fonds verticaux pour le climat et l'environnement (FVCE) :
Le Fonds pour l'environnement mondial (FEM) (1991), qui soutient les grands accords environnementaux internationaux.
Le Fonds d'adaptation (FA) (2001), dédié aux projets d'adaptation au changement climatique.
Le Fonds d'investissement pour le climat (FIC) (2008), qui finance des technologies bas carbone et des initiatives innovantes.
Le Fonds vert pour le climat (FVC) (2010), principal mécanisme international de financement des projets d'atténuation et d'adaptation.
Plus récemment, de nouveaux mécanismes ont vu le jour pour répondre à des enjeux spécifiques :
Le Fonds pour la réponse aux pertes et dommages, adopté lors de la COP27 en 2022, destiné à soutenir les communautés affectées par les impacts du changement climatique.
Le Fonds du Cadre mondial pour la biodiversité (GBFF), lancé en 2023 sous l'égide du FEM afin de soutenir la mise en œuvre du Cadre mondial pour la biodiversité. En juin 2025, les contributions promises atteignaient 388,6 millions USD.
Le Fonds de Cali, adopté lors de la COP16 sur la biodiversité en 2024, vise à promouvoir le partage juste et équitable des avantages issus des ressources génétiques.
Malgré leur importance, ces fonds demeurent des acteurs relativement modestes au sein du paysage financier international. En 2023, les FVCE ne représentaient que :
3,4 % des financements consacrés au climat.
7 % des financements dédiés à la biodiversité.
L'essentiel des financements internationaux provient des bailleurs bilatéraux (États et agences de coopération des pays développés) ainsi que des banques multilatérales de développement, telles que la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD) ou encore la Banque asiatique de développement. Ces institutions jouent un rôle central dans le financement des projets d'infrastructure, de résilience climatique et de développement durable dans les pays en développement.
Une meilleure coordination est nécessaire
Au-delà des volumes de financement mobilisés, le rapport met en évidence un autre défi majeur : la multiplication des acteurs impliqués dans le financement du climat et de la biodiversité.
Un paysage financier de plus en plus fragmenté
En 2023, près de 40 % des pays en développement collaboraient avec au moins 16 bailleurs différents, contre seulement 20 % en 2015. Cette fragmentation du paysage financier se traduit par une diversité de procédures, de critères d'éligibilité et d'exigences de reporting, rendant l'accès aux financements plus complexe et plus coûteux pour les pays bénéficiaires.
Vers une approche plus intégrée du climat et de la biodiversité
Le rapport souligne également l'importance d'adopter une approche plus intégrée des enjeux environnementaux. En effet, les problématiques liées au climat et à la biodiversité sont étroitement liées : la dégradation des écosystèmes accentue les effets du changement climatique, tandis que le changement climatique accélère la perte de biodiversité.
Cette interdépendance se reflète déjà dans les flux financiers internationaux : en 2023, 89 % des financements dédiés à la biodiversité contribuaient également à des objectifs climatiques.
En fin pour simplifier l'accès aux financements et réduire la charge administrative des pays bénéficiaires, le rapport appelle les bailleurs à mieux coordonner leurs interventions, à harmoniser leurs exigences et à aligner davantage leurs financements sur les priorités nationales. Une approche plus intégrée des enjeux climat et biodiversité permettrait également d'accroître l'efficacité des projets et leur impact sur le terrain.
Le principal défi du financement climatique et de la biodiversité ne réside pas uniquement dans les montants mobilisés, mais dans la capacité des pays à y accéder et à les transformer en actions concrètes.
Dans un paysage financier de plus en plus complexe, marqué par la multiplication des acteurs et des mécanismes de financement, renforcer les capacités nationales, simplifier les procédures et améliorer la coordination des financements apparaît comme une condition indispensable pour répondre efficacement aux défis du climat et de la biodiversité.