Le Fonds pour les pertes et dommages, spécificités et conditions de réussite

 
Policy Paper fonds pour les pertes et dommages
 

Les conséquences du changement climatique sont désormais indéniables, touchant particulièrement les pays les plus vulnérables, souvent incapables de faire face aux impacts irréversibles de ces phénomènes.

Ce Policy Paper publié par Policy Center, analyse les enjeux politiques, économiques et opérationnels du Fonds pour pertes et dommages, créé pour soutenir les pays les plus vulnérables face aux impacts climatiques irréversibles. Il clarifie la notion de pertes et dommages, mêlant impacts économiques et non économiques, et met en lumière les principaux défis de financement et de gouvernance.

Découvrez ici les points clés du Fonds pour pertes et dommage.

 

1. Comprendre les pertes et dommages climatiques  

Le changement climatique ne touche pas tous les pays de la même manière. Les pays en développement vulnérables sont les plus exposés aux pertes et dommages : événements climatiques extrêmes (tempêtes, inondations, cyclones) et impacts à développement lent (sécheresse, montée du niveau de la mer, érosion côtière).

Ces pertes sont à la fois économiques (destruction d’infrastructures, pertes agricoles, PIB perdu) et non économiques (déplacements forcés, perte de patrimoine culturel, érosion des identités, dégradation des écosystèmes).

 

2. Besoins des pays vulnérables

Les pays en développement ont besoin de :

  • Évaluations des risques et des besoins.

  • Outils financiers pour soutenir les régimes de protection sociale.

  • Des initiatives adaptées, car les dispositifs actuels ne suffisent pas.

Les ressources mobilisées sont-elles suffisantes pour couvrir les besoins ?

Selon le V20 (Vulnerable Twenty Group) un groupe de pays particulièrement vulnérables aux impacts du changement climatique, ces pays ont perdu un cinquième de leur richesse en 20 ans, soit environ 525 milliards USD, et certains pays ont perdu jusqu’à 51 % de croissance du PIB depuis 2000.

Le coût économique des pertes et dommages pourrait atteindre 400 milliards USD par an d’ici 2030 dans le monde et 1 à 1,8 billion USD d’ici 2050 pour les pays en développement.

Des contributions volontaires existent : Émirats Arabes Unis (100 M USD), Allemagne (100 M USD), UE (245 M USD), Écosse, Japon, USA… Mais ce financement reste largement insuffisant.

Les pays du Sud réclament également la participation des pays émergents à fortes émissions, comme la Chine et l’Inde. Des pistes innovantes sont discutées : taxation des super profits des compagnies fossiles ou taxes sur transport maritime et aérien.

Source : V20 (Vulnerable Twenty)- Afrique et Moyen-Orient – 32 pays

 

3. Qui et quoi financer ? 

 Le Fonds pour les pertes et dommages vise à combler les insuffisances des dispositifs existants et soutenir la résilience et cible :

  • Bénéficiaires prioritaires : pays les plus vulnérables, PMA (Pays les Moins Avancés), petits États insulaires.

  • Pertes financées : économiques résiduelles non couvertes, pertes sociales et culturelles, relocalisations forcées.

Modalités de financement

Un système d’allocation des fonds va être mis en place par le conseil du fonds ( attaché à la CCNUCC/UNFCCC, car le Fonds s’inscrit dans le cadre de la Convention-cadre des Nations Unies sur le climat), qui dépendra de certains critères d’éligibilité :

  • Allocation basée sur vulnérabilité et ampleur de l’événement, avec pondération régionale pour garantir l’équité.

  • Approche programmatique pour événements à développement lent (sécheresse, érosion).

  • Assurances climatiques pour événements extrêmes, avec primes dépendantes du risque.

  • Financements publics nécessaires pour réduire le coût pour les bénéficiaires, tout en préservant le signal-prix du risque.

 

4. Positionnement systémique du Fonds

Le Fonds complète l’architecture financière internationale :

  • Il ne finance pas l’atténuation ni l’adaptation ex ante (rôle du GCF et du Fonds d’adaptation).

  • Il ne se substitue pas à l’aide humanitaire d’urgence (OCHA).

  • Il ne duplique pas les mécanismes assurantiels paramétriques (ARC, CCRIF).

Sa spécificité : intervenir sur les pertes résiduelles – économiques et non économiques – après les efforts d’adaptation. Il joue un rôle stratégique en limitant le piège de la perte récurrente, en réduisant le besoin de dettes massives après catastrophes, et en assurant un pont entre urgence, reconstruction et développement.

 

Le Fonds pour pertes et dommages est un instrument clé pour protéger les pays vulnérables et renforcer leur résilience face au changement climatique. Sa réussite dépendra d’un financement pérenne, innovant et équitable, et d’une gouvernance efficace coordonnée avec l’ensemble des acteurs internationaux. Cependant, le défi qui s’impose : comment le Fonds pour pertes et dommages peut-il réellement combler le gap entre besoins et ressources, face à l’augmentation et à l’intensité croissante des catastrophes climatiques ?


 
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