Limiter le dépassement de 1,5°C

 
Rapport - Limiter le dépassement
 

Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) a publié il y a quelques semaines Limiting Overshoot, un rapport consacré au dépassement de 1,5°C. Il part d'un constat : ce seuil sera franchi dans les prochaines années. Il analyse ensuite comment en limiter l'ampleur et la durée, puis revenir en dessous.

 

Un seuil franchi d'ici quelques années

Le réchauffement d'origine humaine approche déjà 1,4°C par rapport à l'ère préindustrielle. Il progresse d'environ 0,25°C par décennie. Selon l'Organisation météorologique mondiale, la probabilité que la moyenne 2026-2030 dépasse 1,5°C est de 75 %.

Le budget carbone restant est très réduit. Pour garder une chance sur deux de rester sous 1,5°C, il reste environ 130 milliards de tonnes de CO₂ à émettre à partir de 2026. Or les énergies fossiles et l'industrie en ont émis près de 40 milliards en 2024. À ce rythme, le budget serait épuisé en trois ans environ.

Les politiques actuelles mènent vers un réchauffement d'environ 2,6°C en 2100. Même si tous les engagements nationaux et les objectifs de neutralité carbone étaient pleinement tenus, le pic se situerait autour de 1,8°C.

 
niveau des émissions CO2 et réchauffement climatique

Chaque année de retard dans la baisse des émissions (à gauche) augmente l'ampleur du dépassement de 1,5°C (à droite). Source : PNUE, 2026

 
 

Un processus en quatre temps

Le rapport décrit le dépassement comme une trajectoire qui s'étend sur plusieurs décennies. Elle comporte quatre étapes : le franchissement du seuil, un pic suivi d'un plateau, une phase de déclin, puis une stabilisation sous 1,5°C.

 
quatre étapes d'une trajectoire de dépassement

Les quatre étapes d'une trajectoire de dépassement : franchissement, plateau, déclin et stabilisation. Source : PNUE, 2026

 

Chaque étape pose des défis différents. Le niveau du pic compte, car de nombreux impacts augmentent de façon non linéaire avec la température. La durée compte aussi, car une exposition prolongée fragilise les écosystèmes, les infrastructures et les institutions. Enfin, certains impacts persisteront même après une baisse des températures : montée du niveau de la mer, perte de glaciers, extinctions d'espèces.

Pour le PNUE, l'objectif de 1,5°C reste la référence. Il devra simplement être atteint « par le haut ». Le rapport insiste sur un point : aucun scénario au-dessus de ce seuil n'est sans danger.

 

Chaque dixième de degré compte

Le rapport chiffre le coût du retard. Chaque période de cinq ans d'émissions élevées ajoute environ 0,1°C au pic de réchauffement. Les plus de 400 milliards de tonnes de CO₂ émises depuis 2015 ont déjà relevé d'environ 0,2°C le niveau le plus bas encore atteignable.

Les impacts attendus sont concrets. En l'absence d'adaptation efficace, la production alimentaire mondiale pourrait reculer jusqu'à 14 % d'ici 2050. Les glaciers pourraient perdre plus d'un quart de leur masse d'ici 2100. Le risque de basculement de grands systèmes, comme les calottes glaciaires ou la forêt amazonienne, augmente avec chaque dixième de degré supplémentaire.

 

Le captage de carbone, un appoint limité

Revenir sous 1,5°C suppose d'atteindre des émissions nettes négatives, c'est-à-dire de retirer plus de CO₂ de l'atmosphère qu'on n'en émet. Le rapport tempère les attentes sur ce point.

Il faudrait plus de cent ans de boisement et de gestion forestière au rythme actuel, avec zéro émission résiduelle, pour faire baisser la température de 0,1°C. Le stockage géologique a lui aussi ses limites : le simple maintien de la neutralité carbone pourrait saturer les capacités estimées d'ici 2200.

Au-delà d'un pic d'environ 1,8°C, un retour à 1,5°C avant 2100 devient de plus en plus difficile. Même dans un scénario optimiste, le captage ne ferait baisser la température que de quelques dixièmes de degré au cours de ce siècle. Le rapport en tire une conclusion claire : la priorité reste de réduire les émissions dès maintenant.

les efforts pour revenir sous les 1,5°C

Redescendre sous 1,5°C demande plus d'efforts que stabiliser le réchauffement à 1,7°C. Source : Reisinger et al., 2025.

 

Trois phases de réponse

Le PNUE structure l’action en trois phases qui se chevauchent :

  • la réponse immédiate, pendant le franchissement du seuil : réduire fortement les émissions, notamment de méthane, et protéger les populations et écosystèmes les plus vulnérables ;

  • l'endiguement, au moment du pic : poursuivre une décarbonation profonde jusqu’à la neutralité et renforcer la résilience ;

  • la résilience de long terme, pendant le déclin : maintenir des émissions nettes négatives et adapter durablement les territoires là où des limites irréversibles ont été atteintes.

Dans chaque phase, atténuation et adaptation doivent avancer ensemble. Une atténuation insuffisante aggrave les impacts et détourne les budgets vers l'urgence. À l'inverse, des actifs bas carbone mal adaptés restent exposés aux aléas climatiques.

 

Notre lecture : ce que cela implique pour les organisations

Des actifs dimensionnés sur le climat passé

Les bâtiments et infrastructures ont des durées de vie de plusieurs décennies. Le rapport souligne que leurs normes de conception reposent souvent sur des données climatiques historiques, qui ne suffiront plus. Il recommande des tests de résistance prospectifs, des marges de sécurité plus larges et, en priorité, des mesures « sans regret » qui préservent la flexibilité. Pour les maîtres d'ouvrage, la performance d'un actif devra intégrer à la fois son empreinte carbone et sa capacité à résister à un climat plus chaud.

Assurance et financement sous tension

Le rapport indique que l'assurabilité de certains actifs pourrait diminuer et que des assureurs pourraient se retirer de zones à risque avant même le pic. Il note aussi que les modèles financiers actuels supposent un réchauffement qui ne fait qu'augmenter, et ne sont pas conçus pour une trajectoire qui monte puis redescend. Ces éléments renforcent l'intérêt d'une analyse des risques climatiques dans les décisions d'investissement.

Le méthane, levier de court terme

Le méthane contribue à environ 0,5°C du réchauffement actuel. Sa durée de vie dans l'atmosphère étant courte, le réduire agit rapidement sur la température. Le rapport cite notamment la gestion des déchets et le captage du méthane des décharges, ainsi que l'agriculture.

Au Maroc, l'eau en première ligne

Le rapport ne traite pas du Maroc en particulier. Mais plusieurs de ses constats rejoignent les enjeux du Royaume. Il identifie les systèmes hydrologiques comme particulièrement vulnérables, avec des effets qui peuvent durer des décennies. Il pointe aussi les risques pour les systèmes énergétiques et agricoles dépendants de l'eau. Dans un contexte de stress hydrique structurel, ces risques concernent directement l'industrie, l'immobilier, l'hôtellerie et l'agriculture.

 

Limiting Overshoot ne présente pas le dépassement de 1,5°C comme une fatalité qui justifierait de réduire l'ambition. Il en fait un argument pour accélérer. Plus le pic est bas et court, plus les pertes sont limitées et plus le retour sous 1,5°C reste possible. Pour les organisations, cela signifie agir en parallèle sur leurs émissions et sur la résilience de leurs actifs.


 
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